avril182012

Vers un printemps québécois ?

 Le Québec est divisé. Le Québec se déchire, s’obstine, encore une fois. Rien de bien nouveau, au sein de notre pays qui n’en est pas un, au sein de notre diversité qui elle, en est bien une.

Dans le budget 2011 du gouvernement Libéral de Jean Charest, une hausse des frais de scolarité universitaires de 1625$[1] sur 5 ans a été annoncée, et la classe étudiante s’y oppose massivement. On nous crie depuis toutes les tribunes gouvernementales que cette hausse est justifiée pour plusieurs raisons : «La hausse des frais de scolarité augmentera la valeur des diplômes, elle servira à renflouer les coffres des universités, elle permettra d’engager des professeurs plus compétents etc…»[2]

 En réponse, des étudiants et divers intervenants de la sphère publique ont tenté de démentir, avec succès, ces arguments gouvernementaux. Des sites internet ont été mis sur pied, des recherches ont été faites auprès d’organismes comme l’IRIS[3], des spécialistes se sont prononcés sur la question, tous les partis de l’opposition ont dénoncé cette hausse. En somme, beaucoup de gens arborent le carré rouge, symbole de la lutte étudiante et de la grève qui est actuellement en cours.

 Le 22 mars dernier, dans les rues de Montréal,  a eu lieu la plus grande manifestation pacifique de notre histoire. Nous étions cette journée-là plus de 300 000 étudiants en grève, dont  200 000 à parcourir les rues de la métropole avec ce même carré rouge, scandant haut et fort notre refus face à une décision de notre soi-disant  gouvernement. J’y étais, le message était clair.[4]

Mon but ici n’est certainement pas de vous exposer les quantités phénoménales d’opinions rencontrées dans ce débat. Certes, je m’oppose farouchement à cette hausse étant personnellement  contre toute forme de marchandisation de la connaissance. Je veux plutôt par l’entremise de ce billet vous sensibiliser à notre cause, et faire connaître notre lutte dans les sphères de réflexions étrangères. 

Ce débat qui s’acharne dans nos écoles depuis de nombreuses semaines est non seulement important et complexe, mais il engage les générations passées, présentes et futures. Tous les points de vue possibles ont été analysés, toutes les façons de retourner le problème ont été observées. Dorénavant nous en sommes à un point critique. Depuis un certain temps, d’autres problèmes se sont ajoutés à la simple question de la hausse des frais. La judiciarisation[5] du conflit, l’utilisation de la violence dans les manifestations, les actes de vandalismes commis par certains groupuscules marginaux[6], brutalité policière[7], l’embauche de gardiens de sécurité douteux dans des établissements d’enseignement[8], l’intimidation d’étudiants et d’enseignants, ainsi que l’abus de pouvoir se sont mêlés à la partie.

                           

Le gouvernement et les établissements d’enseignements sentent la pression, c’est évident. Les tribunaux dorénavant interviennent à la demande de certains étudiants désirant reprendre les cours malgré les votes de grève de leurs associations étudiantes[9]. L’Université de Montréal a demandé et obtenu une injonction forçant la reprise des cours, dérogeant ainsi aux votes de grève de plus de 20 000 étudiants en grève[10]. Des agents de sécurité imposent à des étudiants dans leurs cours de décliner leur identité et de présenter leur carte étudiante. Les étudiants sentent leur droit de manifester brimé, et ils ont raison. Les étudiants sont frustrés de se voir mettre des bâtons dans les roues et ils ont raison. Les étudiants en ont assez de devoir se battre à contre courant non seulement contre leur gouvernement, mais contre leur école ET ILS ONT RAISON. L’Université de Montréal admet dorénavant que le climat d’enseignement s’avère à être plus qu’exécrable, et admet aussi que cette décision plaçait des professeurs dans une situation embarrassante. Les cours ont donc été suspendus jusqu’à ce que la situation se replace.

À ce stade, certains d’entre vous doivent en être à se demander ce que réquisitionnent les jeunes dans cette lutte pour qu’elle dure aussi longtemps. Bien sûr, comme je l’ai dit plus tôt, il existe plusieurs groupes qui ont face à cette situation des réquisitions différentes. Certains demandent le gel des frais de scolarité, d’autres la gratuité scolaire mais après tant de mutisme de la part de la ministre de l’éducation Line Beauchamp, nous n’avons dorénavant qu’une seule demande. Une table de discussion avec  le gouvernement, question de discuter de la myriade de possibilités envisageables afin de financer les frais universitaires autrement qu’en chargeant la classe moyenne de ce fardeau financier. Mais le gouvernement refuse de s’asseoir avec les étudiants, refuse de négocier cette hausse, refuse d’essayer de trouver des solutions alternatives. Pas besoin de vous dire que la frustration monte, que le PRESSION monte, au sein des associations étudiantes. Nul ne sera étonné qu’après 9 semaines de grève, de manifestations quotidiennes, de blocage de ponts, d’obstruction d’accès à des édifices publics, les jeunes sont INSULTÉS de se voir refuser le droit de la démocratie! Ils sont insultés qu’un message aussi  clair ne soit ni entendu ni COMPRIS !

La lutte des étudiants était au départ si simple, mais à force de se voir contraints à autant d’ignorance de la part des membres du gouvernement, les étudiants ont du employer des mesures plus rigoureuses. Depuis peu, on parle non seulement d’un mouvement social massif, mais d’un Printemps Étudiant ou Printemps Québécois. Il faut voir combien sont monopolisés les médias, combien tous les points de vue se choquent, combien chaque individu a son mot à dire. Beaucoup d’étudiants ont fait le sacrifice personnel de mette en péril leur session universitaire déjà bien entamée au début de la grève. En espérant que l’union de ces choix individuels permettra aux générations futures de bénéficier d’un accès plus équitable à l’éducation.

Melynda Houde ( étudiante en mineure d’études québécoises à l’Université de Montréal)

                     

Pour suivre le dossier, consultez les sites suivants :

Concernant les associations en grève et les mouvements étudiants :
www.bloquonslahausse.com

Pour suivre l’actualité Québecoise :
www.cyberpresse.ca
www.radio-canada.ca



[1] Radio-Canada [en ligne] Les étudiants dénoncent, les recteurs approuvent,

 http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Budget/2011/03/18/004-budget-reax-universites.shtml

(page consultée le 18 avril 2012)

[2] IRIS, les 8 mythes sur la hausse des frais de scolarité, [en ligne] http://www.tagtele.com/videos/voir/81498 (page consultée le 18 avril 2012)

[3] Ibid

[4] Le Devoir, Marée étudiante dans les rues de Montréal, [en ligne] http://www.ledevoir.com/societe/education/345676/journee-de-grande-manifestation-etudiante-une-premiere-action-cible-le-port-de-montreal (page consultée le 18 avril 2012)

[5] Université de Montréal, L’Université de Montréal obtient une injonction, [en ligne] http://www.nouvelles.umontreal.ca/campus/affaires-universitaires/20120412-ludem-obtient-une-injonction.html, (page consultée le 18avril 2012)

[6] La Presse, Des vandales ciblent des bureaux de ministres et le métro, [en ligne] http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/justice-et-faits-divers/201204/16/01-4515614-des-vandales-ciblent-des-bureaux-de-ministres-et-le-metro.php  (page consultée le 18 avril 2012)

 

[7] YouTube, Brutalité policière contre des étudiants, 27 janvier 2012, [en ligne]  http://www.youtube.com/watch?v=J-nKMwNBw64 (page consultée le 18 avril 2012)

[8] La Presse, UdeM: des agents de sécurité accusés d’intimidation, [en ligne]  http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/education/201204/17/01-4516366-udem-des-agents-de-securite-accuses-dintimidation.php (page consultée le 18 avril 2012)

[9] Radio-Canada, Université Laval, Laurent Proulx obtient gain de cause et retourne en classe, [en ligne]  http://www.radio-canada.ca/regions/Quebec/2012/04/03/009-laurent-proulx-comite-accueil-cours-universite-laval.shtml (page consultée le 18 avril 2012)

[10] Université de Montréal, Op Cit

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